mercredi 8 février 2017

COSTUME OU DEMI-DAKAR ? Des nouvelles !

COSTUME OU DEMI-DAKAR ?, sera joué lors du Festival Africologne à Cologne  en Juin 2017
Écrit par Criss Niangouna / Mes. Laetitia Ajanohun pour la Compagnie les Bruits de la Rue (Congo)

Célébrés par les photographes Baudouin Manda ou Hector Mediavilla, les Sapeurs sont devenus, partout, incontournables. Ils défilent sur les podiums, paradent dans les publicités, inspirent les mondains que l’on croise chez Le Bachelor, styliste d’Alain Mabanckou. Archétype théâtral, le Sapeur devait occuper la scène dramatique de toute sa flamboyance : c’est chose faite depuis Black Bazar de Modeste Nzapassara d’après Alain Mabanckou, Paris  de David Bobée d’après Frédéric Ciriez ou plus récemment, Au nom du père, du fils et de J.M. Weston de Julien Mabiala Bissila. La Sape : une affaire d’hommes, à l’évidence. Jusqu’à la création de  Costume ou demi-Dakar ?  par Laetitia Ajanohun d’après le texte de Criss Niangouna, présentée lors de cette 33ème édition du Festival des Francophonies de Limoges au mois de septembre 2016

Elle a osé
Unique metteuse en scène programmée cette année à Limoges, Laetitia Ajanohun a donc osé s’emparer d’une affaire d’hommes. Et s’emparer d’un acteur, Criss Niangouna, auteur du texte et acteur de ce faux seul en scène, moins d’un an après sa participation à une autre création sur la Sape par Julien Mabiala Bissila.
Elle a osé l’entrée par la porte de sortie, voie d’accès à un espace de jeu tri-frontal qui réfléchit en acte à l’épuisement des mécanismes d’entrée et la fixation d’un espace central. Elle a osé l’entrance, distance oblige.
Elle a osé renouer avec un plateau chamarré, paré de carrés d’étoffes sémiotiques, dans une scénographie « afro » qui n’était plus rentrable dans les théâtres hexagonaux captifs d’un regard anthropologique inlassablement mis à distance.
Le quatrième mur a bel et bien migré au profit d’un savant jeu de lumières qui découpe la scène à l’envie : pleins feux, douche de vedette, éclairage en contre, irruption magique d’une guirlande, autant d’effets-vignettes comme des photos de Samuel Fosso, dérisoires et flamboyantes.

Une colère rentrée
Criss Niangouna et sa colère devenue rentrable elle aussi, domptée par sa metteuse en scène. Ensemble, ils ont osé le monologue, ou presque, car l’alter ego comique et muet de Criss Niangouna (Papythio Matoudidi) va plus loin que ses poses de papier glacé.
Dans un monde où « il n’y a plus de berges », la colère a laissé la place à sa propre fin, la folie. Celle d’un borgne avec un caillou dans la tête - ou la balle d’un AK47 – qui, piégé par « l’arithmétique de la douleur », ne voit plus le monde dans sa totalité. Autour de lui, un dépotoir de bagages et de bouteilles de bière, débris d’un monde fini et pourtant harmonieusement ordonné, à l’image des costumes, par la règle des 3 couleurs.
Dans ce conte doux-amer, « un père doit transmettre ». Hors c’est le monopartisme : un seul père, un spectre impalpable pour fils, et la transmission de toute chose sous les coups d’une courroie de voiture. Pourtant le corps, qui joue de ses handicaps dans une parade en diagonales n’est, miraculeusement, jamais terrestre.


« Quand tu portes ton demi-Dakar, tu es la Tour Eiffel »
Et le conte s’adoucit car l’Histoire ne compte pas, « seule compte la valse qui se joue entre le costume et le demi-Dakar ». Car « le playboy ne peut vivre dans un monde barbare » : la Sape anti-voyoue agence un monde loin des guerres, a vu le jour au Café de Flore, où les étudiants noirs du Quartier Latin s’inspirent  des premiers Sapeurs - Sartre, Fanon, Camus, Brassens et Greco … Pour être libre, parle bien et sape-toi. Costume ou demi-Dakar ?  s’ouvre sur une histoire de mots où le premier round, c’est la respectabilité d’une langue ouvragée, condition du deuxième round : l’émergence du concept. Et la Sape, c’est un embrayeur narratif qui tisse la matière de mondes-histoires habités par le bosseur, le lutteur, le playboy, le crack ou le Parisien. Et tout à coup les prières au Vêtement des Kitendistes, des Mikilistes ou de Papa Wemba nous semblent moins risibles.

Célia Sadai pour Africulture

[Article transmis par la Cie avec autorisation de publication].


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